Big Data et innovation organisationnelle

La statistique est fondamentalement au coeur des prises de décisions

Le data-centrisme correspond à la gestion prédictive par le chiffre, la gouvernementalité algorithmique. Le Big Data, qui désigne un ensemble très volumineux de données qu’aucun outil classique de gestion de base de données ou de gestion de l’information ne peut traiter, offre une palette infinie de données exploitables.  Il se décline alors de plusieurs manières, comme avec le Soft Data, l’utilisation des donnée réseaux sociaux, qui permet de faire interagir service numérique et innovation : il y a des données d’interaction sur le web ou sur tweeter, donc lors d’événements, on réalise du datamining de tweeter. Celui-ci est une adaptation supplémentaire de l’entreprise, dans ses processus décisionnels, à la digitalisation. Maryse Carmes, maître de conférence au CNAM, approfondit le sujet.

Ce qui fait actuellement débat et controverse, ce sont les relations entre big data et assurance, Big Data et données personnelles,  dans le cadre des modalités de calcul du risque actuariel par exemple. En effet, la banque collecte des données personnelles dans le cadre de la souscription d’une assurance décès invalidité pour l’octroi d’un crédit immobilier. Que deviennent alors ces données collectées ? Sont-elles réemployées ? La frontière entre respect de la vie privée, maintien de la confidentialité des données de santé et utilisation à visée commerciale est très mince. Au même titre, l’accès aux procès verbaux judiciaires pour infraction au code de la route pourrait servir à enrichir les tables actuarielles de tarification des assurances automobiles, tant le lien entre infractions récurrentes et sinistralité est probable. Mais jusqu’alors, c’est le principe d’égalité entre tous qui reste défendu.

Autre exemple pertinent : Débat sur le sujet en 2008, syndrome Gray-Anderson, sur le WEIRD exposait : on n’a plus besoin de scientifiques, de théories, d’hypothèses : les données parlent d’elles mêmes. « The data is the truth » : on va mettre des algorithmes, des prédictions, grâce aux données massives, sans passer par des modèles théoriques. Cette théorie est controversée par les chercheurs en sciences dures et sciences  humaines et sociales. Anderson reconnait une provocation, ayant eu le mérite de générer une discussion à l’échelle mondiale.

Qu’est ce qu’une open data ?

Il s’agit d’un ensemble de processus qui convergent vers un objectif et un mode opératoire communs : la dissémination et l’utilisation de ressources informationnelles, indépendamment de leur contexte de production d’origine. Cela implique le libre accès aux données et l’absence d’enclosures qui en limiteraient la réexportation (enclosures qui peuvent être de nature technique, commerciale, juridique, cognitive et politique).

Les règles de data sont constituées par les 4V : Volume, Vitesse, Véracité, Valeur. L’open data est soumis à un principe de gratuité en France. C’est un accès ouvert et large, avec possibilité de télécharger, et de réutiliser les données. Leurs formats correspondent à un standard spécifique (pas de pdf, pas de Excel).

Parmi les filiations et héritages, il y a le projet politique, lié à l’action d’association de citoyens au milieu des années 2000 en Angleterre et aux Etats-Unis. Celle-ci a réclamé l’ouverture des données par le gouvernement britannique. Ils ont voulu les données statistiques sur les infrastructures, les élections, la météo…. : « Redonnez nous les bijoux de la couronne », c’est à dire les COMMONS. Les biens communs. Ces biens appartiennent collectivement à tous les citoyens. Les données ouvertes et publiques doivent être accessibles à tous. L’open data est dans la continuité de l’histoire du web et correspond à un nouveau volet relatif à une exploitation plus intelligente des ressources numériques. C’est un élargissement des possibilités d’exploitation des savoirs à partir du web.

Le déploiement du data management

C’est comme un knowledge management. On fait un bilan des données, on procède à un cataloguage, une identification des acteurs, et on va exploiter les données thématiques exploitables par l’organisation. Toutes les données numériques reçues relatives à une entreprise sont gérées, classées et réexploitées lorsque c’est nécessaire. Quelles sont les informations pratiques, les thématiques et les ressources mises à disposition qui existent ? Une nouvelle grille de lecture détermine les décisions prises. L’open data répond à des  principes : l’accès aux données, la réutilisation des données et l’enrichissement distribué.

Les politiques intranet des entreprises ont également évolué : il a fallu sortir des visions exocentrées, et prendre conscience que le regard informatique peut ne pas être pertinent seul, d’où l’apparition de direction numérique, voir de RH numérique. Auparavant, l’intranet se résumait à la messagerie. C’est désormais devenu un Digitalworkplace. Les salariés sont invités à l’utiliser comme une base de données où tout se trouve : boites à outils, moteur de recherche interne, réseaux sociaux d’entreprise, e-learnings, annuaire, messageries et messageries instantanées, actualités, gestion des congés…  C’est un espace en mouvement, qui évolue en permanence.

Pour aller plus loin sur la thématique des ressources humaines : http://webzine.viemonjob.com/rh/grh-transition-numerique/

 

Frédéric Hingray